vendredi 3 août 2012

Maine - Day 2 - Tout savoir sur le homard

Nous sommes réveillés aux aurores - et même un peu avant. Malheureusement, Morphée a décidé de faire grève et nous restons plus ou moins éveillés jusqu’à l'heure du p'tit déj. Que nous prenons dans ce qui devait être le salon de la maison, avec vue sur la baie et les terrains de croquet.

Jeff trouve que la serveuse a un accent des pays de l'est, ce qui est confirmé quand un voisin de table pose la question: le serveur est croate, la fille de salle roumaine. Tout le personnel vient des pays de l'est. Nous n'avons pas demandé pourquoi...

La "grande activité" de la journée = un tour en bateau, au départ de Bass Harbor, un village de pêcheurs. Comme nous sommes un poil trop tôt, nous nous promenons et montons voir le ferry pour Swan's Island: certaines des îles sont toujours isolées et le seul moyen de s'y rendre est le ferry. Pour Swan's Island, il y a 7 ferries par jour, avec un trajet qui dure en moyenne 40 minutes. Celui qui vient juste d'arriver débarque trois gros camions, l'une ou l'autre voiture, ainsi qu'une petite dizaine de piétons.

Bass Harbor

Swan's Island Ferry -
Quand le ferry est plein, il faut attendre le suivant...
Certaines îles sont encore plus isolées et ne sont accessibles que via un ferry hebdomadaire ou via son propre petit bateau, et uniquement à marée haute. La vie locale est rythmée par les marées dont l'ampleur est de 4 mètres environ. Rien à voir avec les marées près de Granville (Normandie) mais elles conditionnent la vie des îliens. Certains expliquent l'étymologie de "Maine" comme l'abréviation de "Main Land" par rapport aux îles excentrées. Mais les études plus sérieuses parlent de l'abréviation de Broadmayne, nom du village anglais dont est issu le fondateur de la colonie du coin, Sir Ferdinand Gorges. Les premiers colons s'établissent en 1630.

Direction l'embarcadère des Island Cruises. C'est le proprio du bateau lui même qui barre le rafiot et explique la vie des pêcheurs de homard. Quand un gars du coin vous dit je suis pêcheur, sous-entendez "de homard". Car une surpêche a vidé cette immense baie donnant sur l'océan de tout poisson commercialisable. Seul prolifère encore le homard. Sa population, étroitement surveillée, ne cesse de croître et devient même une menace pour l’équilibre halieutique. Conclusion : mangeons du homard ! Sa pêche est également étroitement surveillée. Chaque homard pêché doit être mesuré à l'aide d'une jauge et celui qui n'est pas à la bonne taille doit être rejeté dans la mer.
 



Pas besoin d'un gros bateau pour pêcher le homard

Vers la fin du trip, le guide met un tablier en plastique et va remonter un de ses casiers à homard pour démonstration. Un seul homard a plus ou moins la taille minimum requise mais il lui manque quand même un demi millimètre. Il le rejette à l'eau. Une dame s’étonne ! Le pêcheur lui répond : Don't mess up with that (N'y pensez même pas). La sanction de la communauté des pêcheurs serait impitoyable. Les homards qui sont trop gros ont eux aussi la vie sauve.


Les homards sacrifient parfois une de leurs pinces :
pas grave, il en repoussera une nouvelle !

100 ans. C'est l'âge auquel un homard peut prétendre s'il passe entre les "mailles" de tous les filets durant la période où il est de taille "attrapable". D’après notre guide, cela fait un homard entre 5 et 10 ans. Toujours d’après lui, 92% des mâles acceptables sont capturés chaque année : un homard a donc à peu près une chance sur 300.000 de passer le cap des dix ans.  Les femelles porteuses d'oeufs, elles, sont d'office rejetées à l'eau pour perpétuer l’espèce.


Notre guide démolit aussi l'image du soft shell lobster, ou homard à carapace molle. Comme son corps grandit, le homard a régulièrement besoin d'une nouvelle carapace. Après avoir abandonné l'ancienne, une nouvelle se forme autour de lui, ce qui prend quelques semaines, durant lesquelles son exosquelette est mou. Ce processus n’étant pas gratuit en terme de risques pour l'animal, il ne change pas de carapace fréquemment, et donc, la nouvelle carapace offre plus de place que nécessaire pour assurer sa croissance. En conclusion: dans un homard à carapace molle, il y a généralement beaucoup de vide!


Il nous explique aussi le principe du piège à homard: une cage en treillis métallique, divisée en deux parties, l'une contenant l’appât (la "salle à manger"), l'autre rien (le "salon"). Entre la "salle à manger" et le "salon", un entonnoir en corde tressée permet un trajet facile dans le sens aller et difficile dans le sens retour. Comme il nous est expliqué: les homards ne sont pas vraiment des problem solvers: ce qu'ils ont sous la carapace tient plus du système nerveux élaboré que du cerveau. Pour entrer dans la "salle à manger", de nouveau deux entonnoirs en cordes tressées. Lorsqu'un homard entre, il se délecte avec l’appât dans la "salle à manger", généralement des restes de hareng salé. Un deuxième homard de passage, et c'est l'affrontement: le plus faible des deux va alors fuir rapidement et arriver, par facilité, dans le "salon". Où il attendra. Et attendra. Et attendra.
Casiers en attente de pêche

Parfois, les cages sont emportées au large par le courant, et pour éviter que ces cages perdues ne deviennent dangereuses pour l'environnement, deux plaques en plastiques sont fixées avec des fils d'acier non traité. Comme il ne s'agit pas d'inox, l'eau salée va rapidement faire rouiller le métal et au bout de quelques semaines, les deux plaques se détachent et permettent ainsi aux animaux malencontreusement encagés de fuir. Au bout de quelques mois ou années, la cage rouille complètement et devient un élément inerte du fond marin.

Chaque pêcheur repère ses casiers grâce à une bouée colorée. Les couleurs et les dessins permettent d'identifier chacun. Et gare à celui qui relève un piège qui n'est pas le sien...



Durant le trip en bateau, nous voyons quantité d'oiseaux dont plusieurs Pyguarge à tête blanche ou aigle chauve. Oui, l'animal mascotte des USA, qui figure sur la plupart des sceaux officiels. Cet oiseau a été très proche de l'extinction suite à plusieurs facteurs non-naturels. Dans le Maine, la population est en croissance.





Cormorans

Des phoques gris et des phoques communs se dorent la pilule au soleil ou nagent, en nous regardant d'un air goguenard les prendre en photo.



 





Nous passons également voir une ferme à saumons de près. Bof, peu engageant...




Après notre découverte maritime, petite gargote au bord du port. Au menu, fruits de mer et casserole de homard. Le cholestérolomètre monte d'un cran.

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